Oeuvre Falret

SISM 2018 : Gérald et Sophie témoignent

Gérald est père depuis peu. Quant à Sophie, elle n'a pas d'enfant : ils témoignent sur la parentalité.

Gérald travaille à l’ESAT Le Colibri depuis 2010. Il raconte ses premiers pas en tant que père d’une petite fille de huit mois. 

« Je rêve d’être mère depuis toute petite »

Sophie*, 39 ans, est fragilisée par des troubles psychiques. Elle est suivie par le SAMSAH de Paris. 

Enfant, quelles relations aviez-vous avec vos parents ?
C’était très lisse en apparence mais il y avait beaucoup de problèmes en réalité.
Il n’a jamais été question de maladie mentale avant mes 17 ans. Or j’ai toujours senti que quelque chose ne tournait pas rond. J’étais malheureuse. Dès la maternelle, ma maîtresse a alerté ma mère : « Il faudra faire attention à elle, cette enfant a des problèmes ». 
Ma famille est tombée des nues quand elle a appris le diagnostic : je souffrais d’une maladie mentale. Mes parents étaient sidérés. Ma mère a mis 17 ans à comprendre que je n’allais pas bien. Elle aurait voulu fonder une famille « normale », pouvoir se fondre dans la masse. On a tenté plusieurs thérapies familiales, mais on n’est jamais allés jusqu’au bout. Elle ne voulait pas voir que notre famille ne fonctionnait pas. Elle n’était pas prête pour ça. 

En tant que femme, vous-êtes-vous posée la question de la maternité ?
Cette question est cruciale pour moi. Je rêve d’être mère depuis toute petite : je voulais fonder une famille, ou plutôt ma propre idée de la famille… 
Je suis déjà tombée enceinte mais je n’ai jamais réussi à devenir mère. La première fois que j’ai avorté, j’avais 20 ans. Je n’ai rien dit à mes parents sur le coup. J’étais trop jeune et n’avais pas d’argent. 
La deuxième fois, j’étais avec un homme qui ne m’a pas soutenu. Il faut dire que je ne renvoyais pas l’image d’une mère saine et équilibrée… J’ai appris la nouvelle à mes parents la veille de mon avortement. C’est mon frère qui m’a accompagné à l’hôpital. 

Avez-vous renoncé à la parentalité ?
Dans le fond, je regrette d’avoir avorté et je culpabilise. Mais qu’est-ce-que j’aurais fait ? J’avais peur d’être reniée par ma famille, de reproduire les mêmes erreurs que mes parents en tant que mère et de transmettre la maladie à mon enfant…Je me suis sentie obligée d’avorter. 
Depuis quelques temps, je me persuade que non, je n’aurai pas d’enfant. Jamais je ne me serais imaginée dire ça un jour. Mais le temps presse : j’ai bientôt 40 ans et je suis un traitement pour mes problèmes de santé. Il reste cependant une petite lueur au fond de moi, l’espoir de devenir mère un jour que j’essaie d’enfouir. C’est très dur de faire le deuil de la maternité.

Comment ont évolué vos relations avec vos parents ?
J’arrive aujourd’hui à leur parler. Je les vois de temps en temps mais j’ai mis beaucoup de distance avec eux. C’est un combat de tous les instants pour rebondir. 

*La personne que nous accompagnons souhaite conserver l’anonymat. A sa demande, son prénom a été modifié.