Oeuvre Falret

SISM 2018 : Danielle et Mme Y témoignent

Danielle est mère d'un enfant d'un an et demi et revient sur son parcours en CHRS. Quant à Mme Y, elle se définit comme une "femme-enfant" qui a choisi de ne pas en avoir.

Suite à des conflits familiaux, Danielle est accueillie par le CHRS La Marcotte. Elle est alors hébergée dans une colocation avant de tomber enceinte. Après l’accouchement, la jeune femme s’installe dans un studio avec son nouveau-né. Elle a aujourd’hui retrouvé son autonomie et habite dans un logement HLM.

« A 43 ans, je suis une femme-enfant »

Mme Y* vit à la Résidence La Colline depuis 18 ans. Elle a fait le choix de ne pas avoir d’enfant. Explications.

Pourquoi votre santé mentale est-elle fragilisée ?
On m’a diagnostiqué « bipolaire » quand j’étais enfant. A cause des médicaments, j’ai pris beaucoup de poids dès l’âge de 12 ans. J’étais pourtant très sportive, je faisais de l’équitation et j’adorais ça. Aujourd’hui, je ne me sens pas normale, je suis mal dans ma peau.

Avez-vous songé à avoir des enfants ?
Je porte des protections tous les jours donc je ne peux pas avoir de petit ami, les garçons n’aiment pas ça. De toute façon, je ne peux pas avoir d’enfant à cause de ma condition physique. Je suis corpulente, mais aussi diabétique et souffre d’insuffisance respiratoire. 
A 43 ans, je suis une femme-enfant. Je me réveille en pleurant la nuit parce que je fais des cauchemars; je réagis toujours très fort, comme les enfants. Je me sens si vulnérable ! Quand on est malade dans sa tête, on ne se sent pas capable d’avoir des enfants.

Quels rapports avez-vous avec les enfants ?
Les enfants me fixent comme si ma maladie se voyait sur ma tête. Ça me met très mal à l’aise. Je les aime beaucoup pourtant ! J’ai travaillé quelques temps en crèche, mais j’étais trop fragile pour ça…
Comme je suis hyper émotive, je m’écroule en larmes dès qu’un enfant se met à pleurer. Ça me rappelle de mauvais souvenirs à l’hôpital : petite, les pédiatres n’étaient vraiment pas délicats avec moi. J’avais peur des médecins donc je pleurais, mais ils n’y prêtaient pas attention.

La parentalité, qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Etre parent, c’est le plus beau métier du monde mais aussi le plus dur. C’est être équilibrée dans sa tête, aimer ses enfants, savoir sévir quand il le faut, jouer, communiquer avec eux, les encourager. Ma mère est un modèle pour moi, même encore maintenant. Elle s’est toujours très bien occupée de moi. Mais une maman parfaite, je ne sais pas si ça existe vraiment.

Aujourd’hui, quels sont vos projets ?
Je me consacre à mes soins et à mes passions : la boxe, la moto et le cheval. J’ai aussi repris un cursus scolaire niveau Bac, j’aime bien étudier les matières littéraires. La parentalité, pour moi c’est fini. Je ne suis pas triste, ce n’est pas un regret. Il ne faut pas avoir un enfant juste pour « faire comme tout le monde ». C’est un être humain dont il faut savoir s’occuper après…

*Cette personne accompagnée a souhaité conserver l’anonymat et se faire appeler “Mme Y”.