Oeuvre Falret

SISM 2018 : Caroline et Abdellatif témoignent

Caroline a choisi d'avorter. Abdellatif vit loin de ses deux filles. Tous deux témoignent sur la parentalité.

A l’âge de 20 ans, Caroline a choisi de ne pas garder l’enfant qu’elle portait. Elle prend aujourd’hui la parole à la Résidence La Colline, son lieu de vie depuis six ans. 

«Avoir des enfants, c’est quelque chose de très beau»

Abdellatif est arrivé à l’ESAT Le Colibri en novembre dernier. Il vit depuis des années loin de ses deux filles, lui à Paris, elles à Nancy. 

Comment avez-vous réagi en apprenant que vous alliez devenir père ?
Mes deux filles ont 14 et 17 ans, elles habitent à Nancy avec leur mère. Quand j’ai appris que j’allais être papa, j’étais très content. J’adore les enfants ! Au début, je n’assumais pas mon rôle de père dans le sens où j’étais là pour sortir et m’amuser avec elles, mais je n’assurais pas sur le plan financier.

Que s’est-il passé ensuite ? 
Nous nous sommes séparés avec ma compagne il y a six ans. J’étais très triste de partir, et j’ai commencé à perdre les pédales. Je ne les ai pas revues depuis, il y a eu une vraie cassure : je me disputais souvent avec leur mère et j’avais des nouvelles de mes filles une fois tous les six mois. Je n’appelais pas souvent car je ne travaillais pas…Nos discussions étaient assez limitées. Je ne leur ai jamais parlé de mes troubles psychiques.

Qu’est-ce qui vous a aidé à tenir le coup ?
Je me suis rappelé de mon père, il me sert aujourd’hui d’exemple pour élever mes enfants. C’était un militaire, quelqu’un de très carré qui travaillait dur et consacrait tout son argent à sa famille. Il n’était pas dépensier et ma mère, une très bonne gestionnaire. C’était elle qui tenait les comptes. 

Comment vos relations ont-elles évolué avec vos filles ?
Ça va beaucoup mieux. Je travaille depuis trois mois à l’ESAT Le Colibri et on s’appelle toutes les semaines. Je leur parle comme si elles étaient encore petites, mais l’aînée va bientôt avoir 18 ans. Elle veut poursuivre ses études et s’inscrire dans une école privée à Paris l’année prochaine, alors j’essaie de mettre de l’argent de côté pour pouvoir l’aider. Sa sœur est réservée mais je ne veux pas qu’elle soit comme moi. Il faut qu’elle s’ouvre au monde, c’est important. Je leur ai promis de les accueillir chez moi pour les grandes vacances. Maintenant, elles savent que je suis présent pour elles.

Quelles sont vos priorités aujourd’hui ?
Je veux que mes filles soient heureuses et  n’aient pas les mêmes pépins que moi. Qu’elles fassent des études pour pouvoir trouver du travail, et rencontrent la personne qui les mérite. Dans l’idéal, j’aimerais qu’elles habitent avec moi mais je sais que ce n’est pas possible !
Pour moi, la famille est très importante. Ça passe avant le travail, les amis. Avoir des enfants, c’est quelque chose de très beau.