Oeuvre Falret

SISM 2018 : Cécile et Delphine témoignent

A l'occasion des SISM 2018, Cécile et Delphine témoignent sur la parentalité. L'une n'a pas d'enfant mais aurait bien aimé en avoir, l'autre est mère d'un petit garçon d'un an.

Cécile vit à la résidence les Sources depuis deux ans. Fragilisée par des troubles psychiques, elle a dû renoncer à la parentalité et nous explique son choix.

« Je ne veux pas donner à mon bébé l’étiquette du guérisseur »

Delphine* est suivie par le SAMSAH** de Paris. Touchée par une dépression il y a quelques années, elle est aujourd’hui mère de Martin*, un an.

Quels rapports avez-vous avec les enfants ?
Depuis mes 20 ans, je ne fais que m’occuper d’enfants. Quand je suis arrivée à Paris, j’étais toute jeune et il fallait que j’assume rapidement de nouvelles responsabilités pour gagner ma vie. J’avais mon Bafa*** et j’ai commencé à travailler dans une crèche associative.

Que s’est-il passé quand vous êtes tombée en dépression ?
C’est arrivé en septembre 2013. Ça n’allait pas du tout. J’essayais de garder la tête hors de l’eau en accumulant les boulots, puis je les perdais. Ça m’a épuisé. Je n’avais parfois plus la force de me lever, de me laver, de m’habiller. Heureusement, à la même période, j’ai rencontré Gabriel*. Il est rapidement venu habiter chez moi mais à partir de ce moment-là, j’ai complètement lâché. Malgré sa présence, je n’arrivais plus à sortir de chez moi, même pour aller voir mon psy. J’ai fait une dépression lourde pendant un an et demi et je suis devenue accro aux médicaments. Puis je suis tombée sur une brochure du SAMSAH qui proposait des visites à domicile. Elles m’ont permis de tenir le coup. Le SAMSAH m’a appris une chose : trouver la personne à qui demander de l’aide à chaque fois que je rencontre un problème.

Comment avez-vous réagi en apprenant votre grossesse ?
Martin est arrivé comme un enfant magique. Quand j’ai fait le test de grossesse, je n’ai pas réfléchi : je l’ai gardé. J’avais pourtant avorté plusieurs fois dans le passé, car j’étais perdue et n’étais pas prête à devenir mère. Cette fois, c’était différent. 
La grossesse s’est très bien déroulée. J’étais suivie par un centre de protection maternelle et infantile, et une sage-femme venait me rendre visite à domicile. J’ai eu le meilleur accouchement du monde : Martin est sorti tout seul !
En quittant la maternité, on a demandé à ce qu’une puéricultrice vienne nous voir. On habite dans un 13 m2 à trois, il fallait trouver des solutions pour accueillir le bébé.

Etre mère pour vous, qu’est-ce-que cela signifie ?
J’ai une relation conflictuelle avec ma mère depuis le décès de mon père. Etre mère pour moi, c’est tout ce que je ne veux pas reproduire. Quand Martin sera grand, je lui expliquerai les choses, je serai honnête avec lui pour l’aider à s’ancrer dans la réalité. Materner, je sais faire ; je me suis toujours très bien occupée des enfants des autres. Par contre, j’ai plus de mal à me projeter en tant que mère d’un enfant de 7 ans.

Quelles étapes vous reste-il à franchir ?
 La seule chose qui me manque, c’est un travail. Accueillir Martin, c’est aussi redevenir indépendante financièrement pour pouvoir l’élever dans de bonnes conditions. Je ne peux plus travailler en crèche, c’est trop épuisant. Il faut que je me reconvertisse, que j’aille de l’avant. On pourra déménager et Martin aura une chambre à lui.

Etes-vous sortie de la dépression ?
Je ne veux pas donner à mon bébé l’étiquette du guérisseur. Il ne m’a pas sauvé de la dépression, c’est moi qui m’en suis sortie en choisissant de le garder. Aujourd’hui, je suis consciente que les épisodes dépressifs peuvent revenir. Je suis encore dans un processus de guérison, même si je ne prends plus de médicament depuis trois ans.

*La personne que nous accompagnons souhaite conserver l’anonymat. A sa demande, son prénom a été modifié ainsi que ceux de son compagnon et de son enfant. 
**Service d’accompagnement médico-social pour adulte handicapé.
***Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur.

M. Patate, le jouet préféré de Martin.