Oeuvre Falret

SISM 2018 : Anatole et Sarah témoignent

Anatole Wagner accompagne des personnes en fragilité psychique. Sarah est mère d'un petit garçon mais vit loin de lui. Tous deux prennent la parole.

Anatole est éducateur spécialisé à la Résidence Les Sources. Il s’exprime en tant que professionnel sur le thème de la parentalité et de la santé mentale.

« La séparation a été dure mais j’ai réussi à reprendre ma place de mère »

Elle vit au CHRS La Marcotte, loin de son fils, au Maroc. Sarah* a du se séparer de son enfant pour s’en sortir.

Dans quelles conditions avez-vous eu votre enfant ?
Je suis tombée enceinte par accident, en 2013. J’étais contente car j’aime bien les enfants. Avec mon compagnon, on a décidé de le garder mais nous nous sommes séparés trois mois plus tard. Je n’ai eu aucun problème de santé pendant la grossesse, mais je me posais beaucoup de questions. Je n’avais pas de ressources : faute de papiers, je ne pouvais pas travailler. J’allais à la Croix-Rouge et aux Restos du Cœur pour trouver de quoi nourrir et habiller mon enfant. Heureusement, un ami m’a accueilli. Il m’a beaucoup aidé.

Que s’est-il passé ensuite ?
J’ai régularisé ma situation et me suis décidée à ramener mon fils au Maroc, chez mes parents. J’y suis restée trois mois, le temps qu’il s’adapte. Le quitter a été très douloureux mais je n’avais pas le choix…J’ai ensuite passé sept mois logée par le 115, sans le voir. On s’appelait tous les jours, heureusement !

Quel événement a marqué un tournant pour vous ?
La Marcotte m’a appelé en juin dernier pour me proposer une place dans un logement. J’ai pu retourner au Maroc un mois plus tard pendant quelques semaines. J’étais très contente ! Je me demandais si mon fils allait se souvenir de moi. Quand je l’ai retrouvé, j’ai bien vu dans ses yeux qu’il était un peu perdu. Puis il a fallu le quitter une nouvelle fois. Là encore, la séparation a été dure mais j’ai réussi à reprendre ma place de mère, même s’il est habitué à rester avec sa grand-mère.

Avez-vous retrouvé un emploi ?
Depuis septembre dernier, je travaille comme agent de réfectoire à la cantine, dans une école. Je ne peux plus rester longtemps sans voir mon fils. A chaque fois que j’ai des vacances, je retourne au Maroc. A Noël, il m’a reconnu. On joue beaucoup ensemble !

Comment allez-vous aujourd’hui ?
Je vais mieux depuis que je travaille. Ça change tout ! Avant, c’est comme si je n’existais pas. 
Je suis contente d’être mère, même si j’ai plus de responsabilités. C’est moi qui ai élevé mon fils, je prends en charge tous ses besoins même si je suis loin de lui.

Quels sont vos projets à venir ?
Je voudrais qu’il grandisse ici. J’ai fait toutes les démarches administratives pour avoir un logement, comme ça, je pourrai vivre avec mon fils. Il a 3 ans maintenant…Quand je vois des enfants avec leurs parents,  j’ai parfois les larmes aux yeux mais je sais que j’ai choisi cette situation pour son bien. Là-bas, il a un toit au-dessus de sa tête et il est scolarisé.

*Cette personne a souhaité conserver l’anonymat, son prénom a donc été modifié.